Sans aucun doute, nous aimons l'amour. Même si l'homme n'a jamais cessé de l'épier, de le chanter, de l'espérer ou de le fuir, l'amour reste toujours à découvrir, à réapprendre, lui qui, à la seconde où il nous comble, persiste à nous échapper, sentiment fugace et éternel.
Qu'est vraiment l'amour? Un sentiment, ou plûtot une énergie pure déposée là, dans un repli du temps...
Puise-t-il ses forces dans l'espérance, ou trouve-t-il son expression la plus joyeuse quand il n'attend aucune réponse de l'être aimé?
Mais finalement peut on concevoir un amour heureux? Dans ma conception des choses il ne peut y en avoir, puisque j'aime ce que je n'ai pas et je souffre de ce manque... Comme le disait Platon: "Ce que nous n'avons pas, ce que nous ne sommes pas, ce dont nous manquons, voilà les objets du désir et de l'amour".
En revanche si c'est Spinoza qui a raison, si "l'amour est une joie qu'accompagne l'idée de sa cause", si aimer c'est se réjouir de ce qui est, et non souffrir de ce qui manque, alors il n'y a pas d'amour malheureux. L'amour est une joie, et la joie est le contenu même du bonheur.
Ce sont la en réalité deux façons différentes d'aimer. Evidemment nous commençons toujours par la première.
Il y a donc deux types d'amour: l'amour qui prend, le manque; et l'amour qui se réjouit, qui donne. Mais d'évidence le chemin de la vie consiste à passer, le plus que nous pouvons, de l'amour qui manque ( en nous interdisant d'être heureux puisque nous n'aimons que ce que nous n'avons pas), à l'amour qui se réjouit, qui donne, qui est le bonheur lui même.
Comme le dit Alice Chalanset: "Ainsi se vit et s'exprime le paradoxe de l'amour; se rejoindre vraiment, créer de la proximité, cela suppose l'aménagement et le maintien d'un espace pour le désir, et le désir inclut la distance, la privation, l'intervalle"
Je t'aime prisonnière...